TARTUFFE de Molière

 


 

Affiche-web 

 

 

Tartuffe, de Molière


mis en scène par Philippe FERRAN
assisté par : Héloïse Martin et Lucile Van Vlamerthynghe
Lumière : David Poeuf
Décors : Philippe Varache et Isabelle Huchet
Costumes : Philippe Varache et Jean-Philippe Blanc

 

Avec : Jean-Paul DUBOIS, Marc CHAPITEAU, Laurence GUILLERMAZ, Patricia VARNAY ou Marine SEGALEN, David LEGRAS, Hélène GEDILAGHINE, Cédrick SPINASSOU ou  Bertrand BARRE, Dominique JAYR ou  Claudine DELVAUX, Harold GIRARD et Walter HOTTON

 



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Extraits


Dossier de diffusion



Tartuffe, c'est d'abord un personnage, un caractère traditionnel du théâtre italien. C'est l'imposteur, l'hypocrite, le fourbe. Mais c'est avant tout une pièce de théâtre, une pièce de Molière, une comédie en vers, un chef d'œuvre. De la première à la dernière réplique tout est admirablement huilé, chaque scène développe un ressort comique différent fondé sur les situations et les enjeux. Le discours, ample et léger est une prose déguisée mais le rythme du vers sait se révéler efficace quand il doit marquer un effet. On nous raconte une histoire simple aux multiples rebondissements : un étranger s'est introduit dans une maison bourgeoise, il est à deux doigts d'obtenir du père la donation de tous ses biens, mais à la fin, tout s'arrange.

 

Voilà toute l'affaire, le gage d'un bon divertissement et peut-être l'objectif suprême de Molière : divertir ses semblables. D'où vient pourtant qu'on se sent concerné par la pièce au delà de sa dimension dramatique ou historique ? Que nous nous sentons, comme les personnages, en danger de perdre quelque chose, d'être dépouillés d'un peu de notre identité ? D'où vient que nous détestions tant ce Tartuffe et pourquoi prenons nous systématiquement le parti de cette famille?...Ils sont donc si sympathiques que ça ?... Ils sont comme nous ?... ah!... Et Tartuffe?... C'est un salaud !... Bon… mais qu'est ce qu'il a fait exactement… ?

 

Jouvet disait à ses élèves du conservatoire : "Faites un procès à Tartuffe vous le perdrez." Il a raison, Tartuffe n'a rien fait. Rien de répréhensible en tout cas : il tente bien de séduire la femme de son hôte mais est-ce si grave, et ne préfère-t-on pas généralement  en France, les séducteurs aux maris cocus… ? Non….Tartuffe n'a rien fait. Il ne prend que ce qu'on veut bien lui donner. Il est celui qu'on décide qu'il est, à travers nos doutes et nos contradictions. Il révèle sûrement nos turpitudes mais nous n'avons aucune raison de douter de sa sincérité, de son authenticité. Et ce serait peut-être bien là son plus grand crime : il est peut-être sincère.

Dans la grande scène où Tartuffe argumente pour séduire Elmire, Molière a cru bon d'indiquer : "C'est un scélérat qui parle." Il vient peut-être de s'apercevoir que si Tartuffe n'était pas un scélérat il dirait très exactement la même chose ! Il n'a pas manqué, pendant toute la pièce de nous mettre en garde contre l'imposture et les faux semblants, mais là, maintenant, à la fin du quatrième acte, il prend conscience que rien dans son discours ne saurait établir une quelconque différence entre le vrai et le faux.

 

Molière à travers Dom Juan, Le Misanthrope et Tartuffe eut l'obsession de la sincérité, pour découvrir sans doute qu'elle n'existe pas, ni au théâtre, ni dans la vie. Monter Molière maintenant, c'est rendre compte de cette découverte insoutenable que l'apparence des choses parle pour la chose elle même. Dans un siècle où la société du spectacle s'est étrangement imposée, où le paraître et le virtuel prennent tous les jours le pas sur le propos et la réflexion, où les Tartuffe télévisés ont affiné leurs grimaces au point de se confondre avec le milieu qu'ils parasitent, l'obsession fataliste de Molière n'en finit pas de faire écho.

 

Philippe FERRAN

 

 

 

REVUE DE PRESSE

THÉÂTRE DU LUCERNAIRE : 7 JUILLET-11 SEPTEMBRE 2010

 

 

PARISCOPE 4 août 2010, Dimitri Denorme 

 

« Tartuffe » est avant tout le procès magistral des faux dévots et des vrais hypocrites. Molière y dénonce avec vigueur et truculence le fanatisme religieux. Tartuffe s’immisce avec malice et délice chez le pauvre vieux Orgon pour y faire des ravages. Le grand intérêt de la pièce reste incontestablement d’avoir attendu le troisième acte pour faire entrer le personnage phare, ménageant bon train un suspens gentiment excitant. Philippe Ferran, qui signe la mise en scène, a choisi de se jouer des codes de la représentation pour précisément donner à voir le jeu des faux-semblants. On est au théâtre et on le montre. Et ce dès le début. En prenant place dans la salle, entre étirements et vocalises, les comédiens se préparent sur scène. Le décor est réduit au minimum et entre chaque acte, on fera résonner le brigadier. Déboires, complots, discussions, révélations sont rondement menés par la troupe de comédiens. Ils sont dix sur scène et ont beaucoup de talent. Philippe Ferran a d’ailleurs particulièrement soigné sa direction d’acteurs. Marc Chapiteau est un Tartuffe assez décalé mais intéressant. Face à lui, Jean-Paul Dubois est un parfait Orgon aussi touchant qu’agaçant dans sa crédulité. Laurence Guillermaz et Hélène Gédilaghine jouent de leurs charmes. On n’oubliera pas de saluer la prestation de Patricia Varnay, excellente Dorine, éclatante d’énergie et d’humour. On ne s’ennuie pas une minute en leur compagnie et la soirée est délicieuse…

NOTRE SCENE, Alice Dubois

 

Tartuffe ou l’Imposteur. 

L’histoire, tout le monde la connait: un étranger s’introduit dans une maison bourgeoise. Il réussi à obtenir du père la donation de tous ses biens et la main de sa fille alors qu’il tente de séduire la mère. Voilà toute l’affaire. Philippe Ferran, metteur en scène, s’attaque ici à un monument du théâtre classique. Car là est bien le défi: comment monter Tartuffe aujourd’hui?

La compagnie Carabistouilles & Cie a basé son travail sur l’obsession de la sincérité si chère à Molière. Comme le souligne Philippe Ferran: Monter Molière maintenant, c’est rendre compte de cette découverte insoutenable que l’apparence des choses parle pour la chose elle-même.

Ainsi, tout le spectacle est articulé autour de l’idée d’imposture. Lorsque le public entre, les comédiens sont déjà là. Ils s’échauffent, se préparent à entrer en scène, à jouer la comédie. Sous les costumes d’époque, les jeans dépassent, les téléphones portables sonnent. Vont-ils jouer? Jouent-ils déjà? Quel est cet homme qui finit son repas chinois devant son MAC Book?

Cette ambiguïté donne l’élan de la première scène et nous passons en un clin d’œil de la réalité au jeu…ou peut être est-ce l’inverse?

Nous voilà plongés subitement au cœur de l’œuvre de Molière. Mélangeant la réalité aux faux semblants, Philippe Ferran nous promène avec légèreté entre deux mondes qui se chevauchent: la maison d’Orgon où l’intrigue se déroule et la scène du Théâtre ou les techniciens changent les décors à vue, participant eux aussi à la représentation. Parfois personnages de la pièce eux mêmes, ils jonglent d’un univers à l’autre d’une façon un peu déroutante pour le spectateur. Tout cela tente à nous montrer qu’il suffit d’un rien pour changer les apparences…

C’est autour de ce même principe que le personnage de Tartuffe est construit. Sans costume d’époque, il semble venir d’ailleurs et être intemporel. Loin des clichés dont on a souvent alourdi le personnage, il est simplement lui-même. Veut-il vraiment de la main de Marianne? Et la fortune d’Orgon? Ne lui donne t-on pas plus qu’il ne la vole? Ici, Tartuffe ne prend que ce qu’on veut bien lui donner. Il courtise Elmire? Cet amour n’est-il pas honnête? Car c’est peut être bien là son plus grand crime : sa sincérité.

 

 

 

Le plateau du Théâtre Rouge du Lucernaire est pratiquement vide. Des panneaux modulables en fond de scène ne sont là que pour servir les entrées et sorties des comédiens. Seule la table nécessaire à la fameuse scène entre Elmire et Tartuffe se fait presque oublier dans un coin du plateau.

Le texte difficile et exigeant est servi par des comédiens d’une grande justesse et c’est ce qui fait la force de ce spectacle. L’interprétation est précise, inventive et ne cède jamais à la facilité. Ils sont dix, tous incarnant leur personnage avec force et intelligence.

Pendant deux heures, nous ne perdons pas une miette du texte de Molière, ce qui est assez rare pour être souligné. En sortant, je me surprends à vouloir le réentendre, encore. C’est jouissif, drôle, touchant.

Dans une société où l’image s’est substituée au propos, l’œuvre de Molière est frappante d’actualité. Oui, Tartuffe a encore quelque chose à nous dire aujourd’hui et il nous le dit ici avec talent.

 

 

MAGLM.FR 18 juillet 2010

 

"Liberté incroyable et intacte : c'est ainsi qu'apparaît Molière près de 350 ans après sa mort" écrivait Philippe Sollers à l'occasion de la nouvelle édition des Œuvres complètes du dramaturge dans la Pléiade (1). C'est tellement vrai : réécoutez Tartuffe, c'est un suc dont chaque vers vous délectera. Durant tout l'été, le Théâtre du Lucernaire en propose une représentation fort réjouissante.
La mise en scène de Philippe Ferran est adaptée à la salle du plateau : pas de décor spectaculaire ni d'amples mouvements tels que la grande scène de la Comédie-Française les autorise. Dans le Théâtre Rouge du Lucernaire, le spectacle repose sur la direction d'acteur et le talent des comédiens. Comme celle-là est habile et celui-ci au rendez-vous, deux heures durant on ne perd pas une miette de ce chef d'œuvre corrosif, au comique de tous les instants.

Tartuffe est, faut-il le rappeler, ce fieffé hypocrite, faux dévot et vrai séducteur qui s'introduit chez le naïf Orgon, le charme de ses doucereuses paroles et de ses pieuses poses, au point de recevoir de lui donation de tous ses biens, tout en cherchant, en coulisse, à obtenir les faveurs de son épouse...

Comme dans L'Avare, l'autoritarisme du père est rudement croqué, la fraîcheur et les élans spontanés venant des enfants. Mais c'est bien sûr la faux-culterie dans toute sa splendeur, que Molière applique ici à la dévotion, qui fait toute la saveur de la pièce.
Marc Chapiteau y fait un Tartuffe inattendu et un peu décalé, mais dont la suavité de la voix colle exactement au personnage. Jean-Paul Dubois est un Orgon parfait, calme, agaçant, attachant puis perdu. La scène de la dispute qu'il partage avec Dorine est un petit bijou, Patricia Varnay donnant à ce rôle de suivante tout le bagout, l'aplomb et l'humour exigé par le personnage. Même bonheur avec Elmire l'épouse d'Orgon : Laurence Guillermaz va du grave au plus enjoué, mêlant les deux de façon très convaincante dans la scène des faux aveux avec Tartuffe.
L'on sort du spectacle enchanté, le rythme magnifique des vers de Molière résonnant encore en tête, mais aussi un brin songeur, car, pour citer à nouveau Philippe Sollers (1) "comment oublier les noms de ces merveilleuses marionnettes que vous retrouvez aujourd'hui dans la vie courante ?"...

 

La compagnie... c'est qui, c'est quoi ?

Créée en 2008, et dirigée par Héloïse Martin, comédienne et metteuse-en scène, Carabistouilles et Cie est une compagnie professionnelle protéïforme dont l'objectif est de promouvoir le spectacle vivant sous toutes ses formes par le biais de la création, de la production, de la diffusion et de la formation.
Produisant et diffusant des créations dédiées au jeune public ("La Baba Yaga" en 2009, "L'Odyssée de Monsieur Personne" en 2010), des spectacles classiques tout public ("Tartuffe" de Molière en 2010, "Brèves de Tchékhov" en 2011), et un one-man show subversif (Denis Barré dans "Vendredi Ravioli" en 2011), la compagnie se consacre également à la formation et à l'action sociale : ateliers hebdomadaires pour adultes et pour enfants, ateliers contes en zones sensibles, stages, école du spectateur... Son action est en constante réflexion et en développement.

 

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