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"La Baba Yaga", adapté de contes russes par Philippe Ferran et Héloïse Martin (critique de Laura Plas), L'Auguste Théâtre à Paris

 

Rien ne vaut une ogresse pour chasser la tristesse !

 

« Mais on connaît La Baba Yaga ! On a raconté son histoire et celle de la pauvre Vassilissa, vingt fois ! On ne va pas voir ça ! » Le papa et la maman qui, étourdis, s’exprimeraient ainsi, auraient tout faux. Car dans le tout petit Auguste Théâtre (hum… on s’y blottirait !), Carabistouilles et Compagnie jouent avec le conte et déjouent nos attentes. Humour et fantaisie, un texte bien écrit et bien servi, voici ce qui vous attend ici.

 

La Baba Yaga est un conte du folklore russe. L’Histoire ? Celle d’une bonne et malheureuse petite fille, persécutée par sa marâtre sous le regard aveugle de son père. Elle est envoyée au beau milieu de la forêt bien noire pour se faire dévorer toute crue par la sœur de la dite marâtre, ogresse de son état : la Baba Yaga. Eh, oui, de la Creuse à l’Oural, les marâtres sont une sale engeance, les pères, quantité négligeable, mais les petites filles survivent toujours à la fin. C’est que le conte, avec toutes ses variantes nationales exprime des sentiments qui sont, eux, universels.

 

C’est pourquoi, le genre a la vie longue. On écrit un conte et on le récrit sans lui porter atteinte, en lui donnant bien plutôt une seconde jeunesse. Or, justement, la première, et d’après nous la plus grande qualité du spectacle de Carabistouilles et Compagnie, c’est la finesse de son écriture. Loin des crétineries télévisuelles, des produits sucrés et prémâchés que l’on peut vous servir, la compagnie a choisi la fantaisie verbale, le travail sur la langue. Baba Yaga a ainsi un problème de prononciation. Difficile, en effet, pour une si vieille ogresse de distinguer le « v » et le « f » : elle a dû se casser quelques dents sur des enfants un peu coriaces. C’est à pouffer de rire. Plus sérieusement, le texte de Philippe Ferran et Héloïse Martin nous propose des bouts rimés, des lapsus comiques, des citations et références à décrypter par les enfants ou leurs parents (Poutine, Raspoutine, Lamartine…). Et on en passe.

 

Mais l’écriture parvient aussi à camper des personnages savoureux. Vassilissa a le statut ingrat du premier rôle : gentillesse, et naïveté. À coup sûr, vos enfants l’adoreront. Et puis, au fur et à mesure, elle prend de l’épaisseur, se rebiffe, rétorque parfois. L’esprit viendrait-il aux futures princesses ? Mais ce sont les « méchantes » surtout, incarnées par Patricia Varnay, qui sont délicieuses. Avec des ruptures de ton, des jeux de mots, des mufleries poétiques, la marâtre est à mourir de peur ou de rire. Quant à Baba Yaga, qui oublie que Vassilissa doit être mangée, et passe son temps à roupiller, quelle trouvaille ! On ne la voit jamais, terrée qu’elle est dans son isba, mais on l’entend et on prend beaucoup de plaisir à l’imaginer.

 

Souvenez-vous quand vous étiez petiots !

Parlons-en de cette fameuse isba de Baba Yaga, celle qui est édifiée sur des pattes de poules ! Brrr ! C’est ici un costume plus qu’un décor, et fort divertissant. Avec ses pousses, ses feuilles, ses racines qui sortent, ce costume fait penser à la grande Crado de Fraggle Rock. Souvenez-vous quand vous étiez petiots ! Par ailleurs, le décor est très modeste. Si les couleurs et les matières sont agréables à voir – bois, couleurs chaudes et naturelles –, on regrette un peu qu’elles ne soient pas davantage mises en valeur par la lumière. Mais prenons les choses du bon côté, ce décor minimal invite aussi les enfants à prendre conscience de la dimension conventionnelle du théâtre : une forêt peut apparaître puis disparaître sur des roulettes.

 

La Baba Yaga est donc un spectacle où l’on rit et où l’on se fait plaisir, même comme adulte. Et les enfants ? Ils pouffent, interviennent (à plus ou moins bon escient), ils ont peur, un peu. Car, comme dans tout conte, ils parcourent avec leur alter ego, Vassilissa, un chemin. Ils doivent surmonter l’angoisse, apprendre à donner, savoir aussi s’éloigner de ceux qu’ils aiment pour se construire. Philippe Ferran et Héloïse Martin ont retravaillé le texte en ce sens. La pièce commence par un deuil. Vassilissa ne conserve de sa mère qu’une poupée magique dont elle ne peut se séparer. À la fin de la pièce pourtant, elle choisit de laisser cet objet (relique) pour aider Baba Yaga. Elle choisit la vie, et c’est une belle leçon à partager comme parent ou grand-parent. 

 

Laura Plas

Les Trois Coups


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